Culture, LGBT+

Pourquoi « Si j’étais un homme » est transphobe

DISCLAIMER : Cet article ne se base pas sur un visionnage du film mais tend bien à montrer que le concept même de ce long-métrage est transphobe  (et par extension sexiste et homophobe). Il sera suivi d’une seconde partie écrite post-visionnage. Je me suis néanmoins nourrie pour l’écriture de la com du film (affiches, bande annonces, interviews).
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Bonjour les chouquettes ! Aujourd’hui et après des mois d’absence, je reprend la plume pour parler de quelque chose qui me tiens énormément à coeur. Au cas où vous l’auriez manqué, la comédienne/réalisatrice Audrey Dana a sorti ce 20 janvier 2017 Si j’étais un homme, un film relatant l’histoire de Jeanne une femme cisgenre divorcée se réveillant un matin avec un pénis. Le film, qui se veut être une comédie a suscité une polémique assez vive au sein des communautés LGBT+ car nous somme nombreux à considérer cette œuvre comme transphobe par essence.

Dans cet article je tente donc de démontrer de manière concise et argumentée en quoi cette réalisation, en plus insultante et stigmatisante, véhicule des idées erronées sur le genre et renforce les clichés sexistes.

sijetais-unhomme
« Trop LOL, ma pote à un zizi, c’est très l’humour »

I. Le titre et le sous-titre

Avant de critiquer le fond du film j’aimerais m’arrêter sur son titre et son sous-titre ainsi que sur les idées qu’ils véhiculent implicitement. Si j’étais un homme est sous-titré « Un matin elle s’est réveillée avec un truc en plus ». Cet article se voulant synthétique j’irai droit au but :

A. LE TITRE : SI J’ÉTAIS UN HOMME

Si j’étais un homme est un titre qui sous-entend qu’une femme avec un pénis est en réalité un homme et que nos organes génitaux induisent un genre particulier dans une perspective évidemment ciscentrée et dyadocentrée. Cette idée est transphobe puisqu’elle invalide l’existence des personnes nées avec un pénis et étant femmes, ayant une identité féminine et vivant socialement en tant que femmes.

De plus la formulation du titre pourrait impliquer deux choses : soit il considère que le fait d’avoir un pénis change radicalement la personnalité d’une personne ; soit il implique qu’être un homme suppose des traits de caractères précis. Spoilers : il implique en réalité les deux puisque pour ce long-métrage le genre et le sexe c’est la même chose (oh rebonjour le cissexisme !).

On y retrouve la fascination un peu malsaine de certaines personnes cis pour les organes génitaux. Iels se demandent comment iels seraient avec d’autres gonades (car il va de soi pour elleux qu’iels seraient radicalement différents).

B. LE SOUS-TITRE : « Un matin elle s’est réveillée avec un truc en plus »

On remarque ici que le pénis est désigné par la périphrase « truc en plus » (Car bien entendu la vulve et le vagin sont des trucs « en moins » *sarcasme*). N’en déplaise à Audrey Dana, les organes génitaux femelles ne se limitent pas à une absence de pénis.

Si on met cette idée de « truc en plus » en parallèle avec le mot « homme » dans le titre, on retrouve la confusion genre/sexe que j’évoquais plus tôt. L’homme est donc celui qui a le « truc en plus ». Ça a l’air un peu sexiste n’est-ce pas ?

Qui plus est, la situation est présentée comme comme cocasse et humoristique alors que, comme nous y viendront juste après, il y a des femmes qui se réveillent tous les jours avec un pénis entre leurs jambes.

Nous noterons au passage que le design des affiches lui aussi est assez insultant (je vous invite à chercher sur votre moteur de recherche favori). Sur l’une d’entre elle l’héroïne cache, mi-honteuse mi-effrayée, son entrejambe avec le bas de son T-shirt jaune et sur l’autre (ci-dessus) on peut voir une des protagonistes regarder amusée en direction de cette même zone du corps de Jeanne. Le ton est donné, tout tournera autour des caractéristiques sexuelles primaire.
II. Une histoire d’appropriation et de stéréotypes

Être une femme avec un pénis (ou un homme avec une vulve) c’est le quotidien de nombreuses personnes trans et/ou non-binaires ; et ça n’est pas drôle. Le fait d’avoir des organes génitaux qui ne correspondent pas aux normes sociales de notre genre peut constituer une véritable souffrance puisqu’en plus de générer de la dysphorie – rejet/dégoût de son propre corps – ces organes sont utilisés pour invalider notre identité, nous moquer, nous ridiculiser, nous agresser. Le décalage entre notre sexe assigné et notre genre nous rend victime de discrimination et d’oppressions spécifiques (transphobie, cissexisme, et transmysoginie entre autres).

Ce n’est pas un sujet de comédie !

S’approprier un tel vécu d’oppression et en faire un objet de divertissement fait par et pour des personnes cisgenres est un véritable affront à la communauté trans. Ce traitement désinvolte de peut également être vu comme une offense aux personnes intersexes aux corps vus comme hors des normes genrées qui sont encore aujourd’hui victimes de mutilations institutionnalisées dès leur naissance.

De plus, puisque le film confond sexe et genre, il mélange tout et ça devient n’importe quoi. La réalisatrice, dans une interview accordée à l’émission Télématin indique avoir questionné des hommes pour savoir comment faire évoluer son personnage. Puisque oui ! Comme elle a à présent un pénis, Jeanne voit son caractère changer. Mais ce n’est pas du tout transphobe bien sûr car Audrey Dana n’a rien contre les trans, d’ailleurs elle le dit.

Interviewée par branchesculture.com, l’actrice répondait à cette question du site: « À la vision du film, on a du mal à comprendre la polémique de « transphobie » dont vous êtes sujette, ces dernières semaines. » (NDLR: Merci la rédac’ de ce site au passage…)

Réponse de l’intéressée (NDLR :sortez les sacs à vomi) : « Vous ne pouvez pas comprendre, ça nous dépasse, il faut respecter ces personnes transgenres qui sont en souffrance au quotidien et qui se sont senties visées. Comme on ne peut pas en vouloir à une personne qui se fait tabasser de lever ses mains en protection, ici c’est pareil. Ces personnes sont tellement jugées et condamnées, punies dès la naissance. Je suis tellement désolée d’avoir pu faire du mal. Je veux tellement être de leur côté, les faire se sentir moins seuls dans leur galère. Je n’en peux plus de voir de telles situations. […] Sans doute, s’attaquent-elles à la personne la plus ouverte qui soit, c’est un peu comme si on traitait Omar Sy de raciste. Peut-être aurais-je dû titrer ce film « Si j’étais un homme… biologique » ? »

On me dira qu’au moins elle s’excuse et qu’elle dit prôner le respect, et que c’est louable mais en réalité son comportement est assez hypocrite car elle ne remet pas en question son travail mais le fait que nous nous soyons « senti-e-s visé-e-s ». Que ça soit clair : une personne cisgenre n’est pas légitime pour décider si elle est transphobe ou non. Qui plus est l’usage de l’expression « Un homme biologique » (WTF ?!) prouve que cette personne n’a rien compris à la notion de genre. Puis si elle « n’en peux plus de voir de telles situations » pourquoi fait elle un film oppressif ?

Je suis certaine que les intentions de la réalisatrice n’étaient pas malveillantes. D’ailleurs si par un hasard improbable elle lit ceci : je n’ai rien de personnel contre elle même si je n’apprécie pas son travail et que je dénonce ce que je considère comme une agression. Malheureusement, ce film est dangereux et insultant. Il va dans le sens de l’oppression en tapant sur celleux sur lesquel-le-s on tape déjà bien assez.

Tout à été fait pour nous silencier, il n’a pas été fait tant que ça mention de la polémique (et surtout de nos arguments réels et fondés). On nous a martelé que le film n’était qu’une comédie et que nous n’avions pas d’humour.

Comme nous l’avons vu, il n’est pourtant même pas besoin d’avoir vu le film pour en dégager un propos empreint de préconçus transphobes, homophobes et sexistes. Preuve que ces idées sont encore très ancrées dans la société (et un tel film n’aidera pas à changer les mentalités sur ce point).

Je conclurai avec malice en vous posant une question : Pourquoi presque toutes les affiches de ce film ont été placées sous verre et en hauteur dans des emplacements coûteux ?

De là à dire que nous avions menacé de les dégrader et que la réal le savait, il n’y a qu’un pas 😉

BONUS. Liste de tout ce qui est transphobe dans la bande annonce !
(TW : Transphobie / Sarcasme et Humour noir / Sexisme / LGBT-phobies)

Pour suivre en temps réel : https://www.youtube.com/watch?v=dBrNYeOdTEo

[00:33] Le moment « LOL une femme qui fait pipi debout. » Ça n’a aucun sens, cette femme est cis pourquoi urinerait-elle debout  spontanément (sans pisse-debout). Censé être un gag…

[00:38] Le moment « OMG j’ouvre les yeux de manière dramatique dix minutes après avoir vu mon pénis.» Cette réaction est teeeellement crédible… Rien à ajouter.

[00:43] Le retour de l’expression « truc en plus »… J’ai dit ce que j’en pensais.

[00:48] Le moment « Comme j’ai une verge je me mets à parler avec la voix de Dark  Vador.» La mue ça ne marche ni par à-coups ni en cinq minutes.

[00:50] Le moment « Chritian Clavier ». Sisi, c’est oppressif en soi.

[00:56] Rire à l’annonce d’une femme qui aurait un pénis. C’est montré comme impensable.

[1:00] Le gynéco qui surjoue l’étonnement et fait se sentir Jeanne comme une bête de foire (COMBO-Christian Clavier : oui, c’est un problème en soi)

[1:05] On considère que comme c’est une femme, son pénis est un faux (aka un strapon).

[1:07] Réaction de rejet, son amie s’enfuit littéralement en hurlant « Qu’est-ce que c’est que ça ?! »

[1:09] L’héroïne dit : « Une mère de famille avec une bite c’est quand même très gênant. » Les mères de famille trans t’emmerdent, cordialement.

[1:15] Mention des femmes cis qui « rêvent d’en avoir une ». (Ah la passion des cis pour les organes génitaux)

[1 :21] Gag sur « J’ai un pénis donc je sers fort la main »

[1:25] Gag sur le fait que Jeanne s’énerve au volant (sous-entendu « comme un homme »).

[1:27] Perso masculin : « Elle est un peu spéciale, on sait pas trop ce qu’elle a. » (sous-entendu une bite) Et puis oui, une femme n’a pas à s’énerver c’est l’homme qui prend la parole. (COMBO-racisme : l’homme asiatique qui fait des arts martiaux)

[1:35] Soudain elle n’est plus hétero. Pourquoi ? À votre avis…

[1:38] Son amie « Je croyais que t’étais pas un homme » WTF ?!

[1:57] On applaudit la blague « Zizi dans la fermeture éclair ». C’est fin et léger.

Poussière de bisous.

– La Brioche

Sources :

– Quelques informations de base fournies par les Wiki du film et de la réal.

– Interview télévisée d’Audrey Dana dans l’émission Télématin, diffusée sur France 2

– Interview d’Audrey Dana sur le site Branches Culture

https://branchesculture.com/2017/02/19/audrey-dana-si-jetais-un-homme-critique-film-filles-hommes-polemique-belaidi-clavier/

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