LGBT+

Parole aux jeunes Bi et Pan #3 – Discriminations et Militantisme

Bonjour ! Le grand jour est enfin arrivé, c’est aujourd’hui la Journée Internationale de la Bisexualité et je vais donc conclure « Parole aux jeunes Bi et Pan » (première partie ici et deuxième partie ici). Après avoir défini les termes relatifs à la Bi/Pansexualité et suite à notre constat déplorable concernant l’invisibilisation des Bi/Pan dans les média, nous allons aborder la biphobie dans son ensemble.

Etre Bi ou Pan est loin d’être une sinécure. Victimes d’homophobie quand ils/elles sont en couple avec une personne du même genre qu’eux et devant faire face à un rejet aussi présent chez les hétéro que chez les homos, les bi/pan subissent des situations bien particulières.

Témoignage de Raphaëlle

L’entourage est parfois un vivier de préjugés et de situations discriminatoires. Il peut s’agir d’une discrimination indirecte, dans ce cas pas ce n’est pas une agression volontaire mais plus une application inconsciente du schéma hétéronormatif. Margot raconte : « Quand je parle avec de la famille ou des amis, il n’est pas rare qu’on me charrie sur un garçon, ou qu’on parle systématiquement de ma prochaine relation en disant « copain » ou « petit ami ». Ça n’est pas comme si je n’avais jamais fait part de ma non hétérosexualité… Alors à chaque fois je reprends, soit en changeant un terme genré par « personne », soit en articulant consciencieusement « un copain OU une copine ». Et ce qui m’énerve prodigieusement, ce sont les moments où je m’entends dire « oh, ça va ». ALORS QUE NON, CRÉNOM D’UNE PIPE, ÇA NE VA PAS ! ». La pression de la norme est aussi discrète que pernicieuse. Considéré par défaut que tout le monde est hétéro, sans même y penser mène à des actes/paroles discriminatoires qui peuvent se révéler extrêmement gênante, surtout chez les jeunes en questionnement.

Mais si elles peuvent blesser ou agacer, ces remarques restent involontaires, A l’inverse, il n’est pas rare que les jeunes bi/pan soit confrontés à de véritables agressions verbales ou physiques, par exemple suite à un coming-out. Maïa se souvient de la réaction de sa mère quand elle lui a annoncé sa bisexualité et qu’elle a changé son style vestimentaire pour être en accord avec elle même: « Ma mère a très mal supporté mon changement d’apparence. Elle me disait que j’avais l’air d’un travesti, que j’étais laide, trop masculine et vulgaire. Elle faisait des plaisanteries homophobes régulièrement. Et puis, comme on n’en parlait presque plus, pendant trois ans, ça s’est calmé, elle a presque arrêté de me faire ce genre de remarques. » Se sentir jugé de la sorte n’est jamais agréable, mais quand la haine et la bêtise proviennent des personnes qui nous sont chères, leur impact n’en est que plus terrible. Raphaëlle qui se définit comme pansexuelle a senti le blocage de ses parents et de la société en général vis-à-vis de la bi/pansexualité, et il en résulte chez elle une certaine gêne: « Si j’avais une aventure avec une femme je ne sais pas du tout comment je ferais pour en parler autour de moi, je pense qu’il me faudrait un certain temps avant d’assumer auprès des autres. »

Si les clichés sur la bisexualité sont légions, on peut néanmoins remarquer que l’homophobie vient souvent s’ajouter à la biphobie. Récemment une amie en questionnement et en couple avec une personne du même genre qu’elle m’a dit que « pour les gens être avec quelqu’un du même sexe, c’est être homo » alors qu’évidemment la réalité est bien plus complexe et variée que ça.

Enfin, il ne faut pas oublier que nous vivons dans une société patriarcale* où les relations entre personnes de même sexe sont très dévalorisées(notamment chez les hommes). G. évolue dans un milieu professionnel culturellement très masculin : il porte l’uniforme et explique que dans ce contexte professionnel, il est obligé de « Si l’information aurait circulé […], on aurait été radié du milieu et cela dans tout les territoire français. C’est totalement banni chez nous » (sic). Il ajoute que bien entendu, dans ce genre de cas, les vraies raisons de la mise à pied restent officieuses : « C’est pas marqué dans les papiers mais on te le fais bien comprendre ».

Rappelons que le « milieu LGBT+ » (j’utilise cette expression caricaturale pour simplifier) est parfois, lui aussi, extrêmement biphobe et véhicule certains préjugés sur la prétendue propension des bi/pan à l’infidélité ou leur besoin de sortir A LA FOIS avec un homme et une femme (notons ici le retour de l’idée de binarité homme/femme).

Il est donc nécessaire faire changer les mentalités et chacun peut agir à son niveau. Maïa a pour sa part décider de militer, ce qu’elle fait au sein d’une association: le MAG Jeunes LGBT. Cet engagement, en plus de faire avancer une cause, peut aussi permettre une reconstruction personnelle. Maïa a rencontré en militant des amis ainsi qu’une présonne dont elle est tombée amoureuse. Elle ajoute ensuite que, même si cela a ravivé les tensions avec ses parents et les remarques déplacées, elle est heureuse d’être enfin en accord avec elle-même (message que je trouve magnifique) : « Quand ma mère a appris que je militais dans une association lgbt, elle a repris ses piques homophobes, mon père s’y est mis aussi. Ils pensent que je suis perdue, que je change en mal. Ils me trouvent dissimulatrice et fuyante, parce que je ne peux plus leur parler de ma vie. Ils pleurent la fille qu’ils pensent avoir perdue. Ils cherchent une fille qui n’a jamais existé, une petite fille modèle mal dans sa peau, qui jouait un rôle pour leur plaire. Maintenant, je suis moi-même, et je suis loin d’être perdue, je me suis trouvée au contraire. J’espère qu’ils s’en rendront compte un jour. »

Militer est vraiment très important, et si j’ai choisi de publier cet article à 18h30, c’est pour une raison bien précise: au moment où ces lignes sont mises en ligne, des centaines de personnes défilent dans les rue de Paris pour donner à la bisexualité et à la pansexualité toute la visibilité qu’elles méritent. Je conclurai cet article en remerciant les personnes qui m’ont apporté leur témoignagé, à savoir Angèle, G., Julie, Maïa, Margot et Raphaëlle, car il m’aurait été impossible sans elleux de participer à cet évènement.

Merci également à vous lecteurs de votre intérêt et de votre soutien (merci pour les messages adorables vous m’avez envoyé suite à cette série).

On se retrouve bientôt pour de nouveaux articles et des strips/planches de BD.

Bonne soirée !

Notes de l’auteur:

*Une société patriarcale est une société par les hommes et pour les hommes, au sein de laquelle ils occupent toutes les fonctions importantes, par opposition aux femmes, considérées dans ce système comme inférieures.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s